Utilisation de QGIS au sein du Financial Times

Entretien avec Steven Bernard (Éditeur Conception Interactive)

Steven est Éditeur Conception Interactive au Financial Times. Vous pouvez le joindre sur Twitter. Il est aussi l’auteur de vidéos utiles COMMENTFAIRE sur Youtube traitant de tâches cartographiques en QGIS.

QGIS : Steven, Quel est le nom de l’équipe avec laquelle vous travaillez au FT ? Pouvez-vous nous donner des détails sur le contexte de ce que fait votre équipe au FT ?

Steve : Notre équipe est dans une période de transition en ce moment, nous avons un nouveau éditeur visualisation des données, Alan Smith OBE (anciennement ONS) qui est en train de tout changer en créant une équipe graphique unique. Traditionnellement nous avions une équipe graphique web et une équipe graphique impression. L’équipe impression était responsable de tous les graphiques du journal ainsi que de la création de leur version pour le web. Mon équipe ne s’occupait que du contenu spécifiquement web, ainsi que de travailler en étroite collaboration avec les producteurs/développeurs interactifs pour le développement de graphiques interactifs.

L’équipe nouvellement formée permettra une dissémination plus importante des expériences entre les différents médias.

Alan a introduit un flux de travail unique pour notre équipe, comprenant l’utilisation de d3 pour aider à créer un vocabulaire graphique plus étendu et pour réduire le temps nécessaire à la création d’illustrations.

Migrant flows. Western Balkans route.

Exemple : Flux de migration. Route des Balkans de l’Ouest.

QGIS : Combien y a-t-il de collaborateurs dans votre équipe ?

Steven : En incluant les designers, développeurs, producteurs et statisticiens, nous avons une équipe de 24

QGIS: Quel est votre rôle spécifique dans l’équipe?

Steven* : Je n’ai pas un rôle spécifique car nous sommes un département multi-disciplinaire. Mon rôle comprend la production de designs réactifs pour les graphiques inter-actifs ainsi que le développement frontal des interactives moins compliquées (par ex. : À l’intérieur d’Isis Inc: Le voyage d’un baril de pétrole). Je produit aussi les diagrammes et cartes quotidiens standards basés sur les nouvelles du jour. Depuis ces deux dernières années, je me suis focalisé sur le développement de notre offre cartographique à FT. QGIS a contribué de manière déterminante dans la façon dont nous créons nos cartes, et avec d’autres outils tels que Blender m’a aidé à être plus créatif dans la façon dont nous approchons les cartes.

Dora's journey from Nigeria to Sicily - one of thousands by trafficked women each year

Exemple : Animation du voyage de Dora, du Nigeria à la Sicile - une des milliers de femmes victimes de traite chaque année.

QGIS : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous-même ? Quelle est votre formation ? Que faisiez-vous avant de rejoindre l’équipe de visualisation des données à FT ?

Gotthard rail and road tunnel

Exemple : Le tunnel routier et ferroviaire du Gotthard dans les Alpes suisses.

Steven* : J’ai une formation traditionnelle d’illustrateur scientifique. Qu’est ce que c’est ? Je vous entend demander ! C’est la production d’illustrations pour des journaux médicaux, des publications d’histoire naturelle, pour tout média dans lequel vous voulez convoyer des informations visuelles qu’une photo ne peut pas faire. Pensez aux diagrammes montrant le système de circulation humain, ou montrant une procédure pour ressouder un os cassé. Malheureusement il n’y avait pas beaucoup d’offres d’emploi dans cette branche quand j’ai fini l’université et j’ai eu le job à FT pratiquement par un coup de chance. J’ai toujours été bon en math, ce qui je pense est important pour travailler dans les visualisations de données, et aussi m’a certainement aidé avec la programmation.

QGIS: Comment avez-vous découvert QGIS?

Steven : Je suis tombé sur QGIS en 2013 alors que nous travaillions sur un projet de cartographie des ethnicités au Moyen Orient

Nous l’avons utilisé pour géo-référencer les cartes produites par un professeur de l’Université de Colombia. Au début j’ai trouvé l’outil d’ajout graphique des entités très compliqué, car il ne ressemblait à rien de ce que je connaissais dans Illustrator que j’utilisais depuis 17 ans ! J’étais aussi frustré de devoir sauver deux fois : une fois lorsque l’édition du shapefile est finie et une autre fois pour sauver le projet. Cependant cela n’était dû qu’à mon inexpérience du logiciel et à la fin il a fait exactement ce que nous voulions, c.-à-d. produire des shapefiles que nous pouvions ajouter sur une carte de base Mapbox.

QGIS : Quel est le rôle de QGIS dans vos flux de travail habituels ?

Steven : QGIS est un élément incontournable de notre flux de travail cartographique. Je n’utilise aucun autre SIG pour créer nos cartes. Mais certains des membres de notre équipe utilisent Map Publisher car ils se sentent plus à l’aise de rester avec Adobe Illustrator. Je dirais que 80% de nos cartes sont produites avec QGIS.

Public Lands in the US

Exemple : Domaines publics aux USA.

QGIS : Quels autres outils utilisez-vous en dehors de QGIS et comment les combinez-vous ?

Steven : Si c’est pour une simple carte de localisation 95% du travail se fait dans QGIS, et le polissage final dans Adobe Illustrator.

Si je fait une carte topographique, alors le procédé est bien plus complexe. Je récupère les fichiers MNE avec Nasa Earth Explorer et les importent dans QGIS pour les recadrer à la taille voulue. J’importe ensuite le MNE recadré dans Blender pour faire un rendu 3D. Si j’utilise une image satellite sur le relief ombré je récupère une image BlueMarble à partir de la Nasa et l’importe aussi dans Blender. Le rendu exporté de Blender est alors importé dans QGIS pour être utilisé comme couche de base. Je le manipule avec Photoshop avant l’import si nécessaire.

Pour des cartes adaptables comme celles dans Isis l’histoire d’un baril de pétrole, j’ai utilisé tous les outils précédents mais l’étape finale est l’utilisation d’un script Open Source pour Adobe Illustrator créé par Archie Tse du New York Times. Il me permet de créer des versions adaptables de mes cartes qui fonctionnent sur tous les appareils.

Un autre outil utile est Google My Maps qui permet aux reporteurs dans le monde de marquer des positions sur une carte que nous pouvons ensuite récupérer en tant que fichier kmz et les importer directement dans QGIS.

Le dernier outil que j’utilise est Adobe After Effects car je me suis mis récemment à animer mes cartes pour amener l’utilisateur en voyage. Comme dans la série récente Land Rush :

QGIS : Utilisez-vous d’autres outils spatiaux ou SIG en dehors de QGIS, et si oui, lesquels ?

Steven : Tout en QGIS pour moi, mais comme mentionné auparavant certains de mes collègues utilisent aussi Map Publisher.

Strikes on Syria in February 2016

Exemples : Frappes en Syrie en février 2016.

QGIS : Pouvez-vous décrire les points forts et les points faibles de QGIS en ce qui concerne les travaux que vous avez à faire ?

Steven : Lorsque j’ai utilisé QGIS pour la première fois je l’ai considéré comme outil pour spécialiste, bon seulement pour certaines fonctions spécifiques. Je ne l’avais vraiment pas considéré comme outil de production. Fin 2014 deux de mes collègues ont eu une formation sur QGIS faite par Alasdair Rae à l’Université de Sheffield. Ils n’ont pas arrêté de faire les louanges de QGIS, et j’ai donc pris sur moi-même d’en faire l’évaluation en tant qu’outil qui pourrait être utilisé pour produire toutes nos cartes.

Dans les quinze jours j’étais convaincu que c’était faisable. Le point fort étant la possibilité de mettre en place des guides de styles pour tout, y compris pour les niveaux de zoom pour les cartes de villes.

J’ai un système en place où nous avons des sets de feuilles Google avec colonnes pour nom du marqueur, lat., long., icône, épaisseur-casse, taille-casse et si vous voulez que le marqueur soit visible ou non.

L’icône du marqueur est une boîte déroulante connectée à une table vLookUp qui remplie tous les détails pour ce marqueur.

Ainsi, tout ce que j’ai à faire est de télécharger le fichier csv, l’importer dans QGIS, lui appliquer un style et bingo, j’ai une carte prête à 95%.

Pour être tout à fait honnête je ne vois aucun point faible, il y a certaines choses que je voudrais voir ou être capable de faire, mais je ne vois pas ça comme point faible, juste comme une composante manquante.

Urban Attraction and Migration within China

Exemple : Attraction urbaine et migration interne en Chine.

QGIS : Quels sont les concepts ou composantes que vous appréciez le plus dans QGIS ?

Steven : Il y a beaucoup de composantes que je classifierais comme essentielles ! Mais principalement Quick OSM et l’outil de géo-référencement m’ont fait gagner énormément de temps, ce qui est absolument essentiel lorsque les échéances sont serrées. Ce qui, travaillant pour un organisme de presse, arrive 90% du temps.

Urban Attraction and Migration within China, Details

Exemple : Attraction urbaine et migration interne en Chine. Vues de détail.

QGIS : Quelles sont les composantes ou fonctionnalités de QGIS qui vous manquent le plus ? Avez-vous une liste des composantes manquantes qui vous serez très utiles si elles étaient implémentées ?

Steven : Certaines des choses que je voudrais voir dans des futures versions sont...

Support pour les courbes de Bézier, ce qui serait particulièrement utile avec l’outil de géo-référencement. Je sais qu’il y a une extension spline mais elle ne fournit pas le contrôle qu’une courbe de Bézier fournirait.

Pouvoir sauver en tant qu’image ayant une taille plus grande. À l’heure actuelle c’est la seule façon que j’ai pour créer un fichier MNE géo-référencé recadré pour l’import dans Blender. Mais il est limité à la taille de votre écran. Si j’ai un fichier MNE de 8 000 pixels dans QGIS j’aimerais pouvoir être capable d’exporter un recadrage ayant une taille plus grande que celle de mon écran, par exemple, pour être utilisé dans une vidéo HD.

QGIS : S’il vous manque des composantes dans QGIS qui vous aideraient - considéreriez-vous d’améliorer QGIS vous-même (en changeant le code de QGIS ou avec des extensions Python), ou considéreriez-vous employer un développeur QGIS pour implémenter les composantes manquantes pour vous ? Ou bien rechercheriez-vous d’autres outils pour combler ce manque ?

Steven : Je n’ai certainement pas la capacité de faire cette programmation la moi-même, Je suis bien à l’aise avec Javascript mais j’aurais des difficultés avec Python. J’aimerais beaucoup embaucher un développeur pour implémenter des composantes mais je n’ai aucun contrôle sur les budgets, j’utilise donc d’autres outils pour pallier à ce manque.

Percentage of households with a broadband internet subscription in the US.

Exemple : Pourcentage des ménages ayant une connexion internet haut débit aux USA.

QGIS : Parlons de l’expérience utilisateur - l’équipe de QGIS est au courant que certaines parties de l’IU (dialogues, panels, etc.) pourraient être grandement améliorées. Pouvez-vous nous dire rapidement quelles sont les parties de l’IU qui auraient le plus besoin d’amélioration ?

Steven : Je pense que les outils principaux sont très bien comme ils sont, une fois que vous en avez l’habitude ils sont plutôt évidents. Cependant, ce que je trouve frustrant c’est d’essayer de traquer les extensions une fois qu’elle ont été installées. Elles soit créent leur propre menu (MMQGIS), soit s’installent dans un des menus (Géo-référencement) ou créent leur propre icône (threejs). Il serait utile d’avoir une fenêtre d’extensions qui regroupent toutes les extensions qui sont installées. De nouveau, ce n’est pas un blocage mais ce serait plus facile que de chercher dans plusieurs endroits différents.

QGIS : Merci de nous avoir reçu et du travail que vous faite pour promouvoir et documenter les flux de travail en QGIS !

Portrait Steve Bernard

Portrait de Steve Bernard. Éditeur Design Interactif chez Financial Times.

Steven : De rien, je suis presque évangélique au sujet de QGIS ! D’où les 31 tutoriels vidéos et toujours heureux de faire passer le message.

Interview réalisé par A. Neumann et T. Sutton, Avril 2016.